Le Chêne et le Roseau, texte et morale de La Fontaine

Illustration de la fable "Le Chêne et le Roseau" de La Fontaine, avec un chêne imposant et un roseau plus souple.

Écrit par

Simone Rossi

Publié le

16 août 2026

Table des matières

Quand la force semble tout dominer, il suffit parfois d’une tempête pour révéler sa fragilité. Le texte du Chêne et du Roseau de Jean de La Fontaine met en scène cette leçon avec un dialogue vif, des images puissantes et une chute devenue célèbre. Je propose ici le texte intégral, puis une lecture claire des personnages, du vocabulaire et de la morale de cette fable.

Les repères essentiels pour comprendre la fable

  • Auteur : Jean de La Fontaine.
  • Place dans l’œuvre : Livre I, fable 22, publiée dans le premier recueil de 1668.
  • Personnages : un chêne orgueilleux et un roseau souple.
  • Conflit central : la force rigide s’oppose à la capacité d’adaptation.
  • Leçon : celui qui sait plier peut survivre à ce qui brise les plus puissants.

Le texte intégral du Chêne et du Roseau

Cette fable appartient au Livre I des Fables et en constitue la vingt-deuxième pièce. La BnF la date de 1668, année de publication du premier recueil. Le texte repose entièrement sur une scène très simple, une conversation entre deux végétaux avant l’arrivée d’un vent dévastateur.

Le Chêne et le Roseau

Le chêne un jour dit au roseau :
« Vous avez bien sujet d’accuser la Nature ;
Un roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est aquilon, tout me semble zéphir.
Encore si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n’auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l’orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des royaumes du vent.
La Nature envers vous me semble bien injuste. »

« Votre compassion, lui répondit l’arbuste,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. » Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût porté jusque-là dans ses flancs.
L’arbre tient bon ; le roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au ciel était voisine,
Et dont les pieds touchaient à l’Empire des morts.

Deux personnages qui incarnent deux attitudes

La Fontaine ne décrit pas directement des hommes, mais le lecteur reconnaît immédiatement des comportements humains. C’est le principe de la personnification, procédé qui donne la parole aux éléments de la nature pour mieux observer les défauts et les qualités des hommes.

Personnage Ce qu’il représente Son erreur ou sa force
Le Chêne La puissance, la fierté et la confiance en soi Il confond solidité et invulnérabilité
Le Roseau La souplesse, la prudence et la résistance intérieure Il accepte sa fragilité et en fait une protection

Le chêne parle comme un personnage supérieur

Le chêne commence par se présenter comme un protecteur. Pourtant, son discours ressemble davantage à une leçon condescendante qu’à un geste de solidarité. Il insiste sur sa taille, son feuillage et sa capacité à « braver » la tempête, autant d’éléments qui montrent un orgueil mal maîtrisé.

Son vocabulaire amplifie sa stature. Le « Caucase » évoque une montagne immense, tandis que son front semble presque toucher le ciel. Cette image donne au chêne une grandeur spectaculaire, mais elle prépare aussi sa chute. Plus le personnage se croit élevé, plus sa défaite sera impressionnante.

Le roseau répond avec une sagesse calme

Le roseau ne cherche pas à rivaliser sur le terrain de la force. Il ne prétend pas être plus grand ni plus puissant. Sa réponse tient dans une formule courte et très efficace, « Je plie, et ne romps pas ». Elle résume toute sa stratégie face au danger.

Je trouve ce personnage plus subtil qu’il n’y paraît. Il n’est pas simplement faible ou passif. Il connaît ses limites, observe les vents et comprend que la résistance absolue n’est pas toujours la meilleure forme de courage.

La tempête transforme la parole en épreuve

La première partie de la fable repose sur les paroles du chêne et du roseau. La seconde fait intervenir la réalité. Le vent devient une véritable force dramatique, annoncée depuis « le bout de l’horizon », puis présentée comme le plus terrible des enfants du Nord.

La progression est très nette. Le chêne affirme d’abord sa supériorité, le roseau lui répond avec prudence, puis la tempête arrive et tranche le débat. La Fontaine remplace ainsi une morale expliquée par une démonstration concrète. Le lecteur n’a pas besoin qu’un narrateur ajoute « le chêne avait tort » : l’action le prouve.

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Un vocabulaire ancien à éclaircir

  • Un roitelet est un très petit oiseau. Pour le roseau, même son poids paraît lourd lorsqu’il se pose sur lui.
  • L’aquilon désigne un vent froid et violent venant du nord.
  • Le zéphyr est au contraire un vent léger et agréable.
  • Rider la face de l’eau signifie former de petites rides à la surface de l’eau.
  • Déraciner signifie arracher l’arbre du sol, ce qui rend la chute définitive.

L’opposition entre aquilon et zéphyr est particulièrement révélatrice. Le même vent n’a pas la même intensité selon celui qui le reçoit. Le chêne minimise le danger parce qu’il se croit protégé, tandis que le roseau a appris à prendre au sérieux les forces qui l’entourent.

La morale repose sur la souplesse et non sur la faiblesse

La phrase « Je plie, et ne romps pas » est souvent réduite à une invitation à être flexible. C’est juste, mais un peu court. La fable montre surtout que la souplesse est une forme d’intelligence lorsqu’elle permet de traverser une crise sans perdre l’essentiel.

Le roseau ne gagne pas parce qu’il serait plus fort que le chêne. Il survit parce que sa structure lui permet d’accompagner le mouvement du vent. Cette nuance compte. La Fontaine ne dit pas qu’il faut toujours céder, mais qu’une résistance rigide peut devenir dangereuse lorsque l’adversaire ou l’épreuve dépasse nos capacités.

Cette lecture garde une portée très actuelle. Dans une discussion, au travail ou face à un changement brutal, s’adapter ne signifie pas forcément renoncer à ses convictions. Cela peut vouloir dire modifier sa manière d’agir pour rester fidèle à son objectif. La limite est importante : la souplesse devient une faiblesse lorsqu’elle n’est plus choisie, mais imposée par la peur ou l’absence de principes.

Comment analyser ce texte efficacement

Pour préparer un commentaire ou une explication de texte, je conseille de suivre le mouvement de la fable plutôt que de chercher immédiatement une morale générale. Le texte est construit comme une petite scène de théâtre, avec une entrée en matière, un échange et un dénouement brutal.

  1. Identifier la situation initiale : le chêne s’adresse au roseau et prétend le plaindre.
  2. Observer le portrait des personnages : le chêne accumule les images de grandeur, tandis que le roseau parle avec mesure.
  3. Repérer les oppositions : haut et bas, force et souplesse, brise légère et vent violent, tenir et plier.
  4. Étudier la chute : la tempête confirme la parole du roseau et détruit le personnage le plus sûr de lui.

Il faut aussi éviter une erreur fréquente. Le chêne n’est pas condamné parce qu’il est grand, et le roseau n’est pas récompensé parce qu’il est petit. Ce qui fait la différence, c’est l’attitude adoptée face au danger. La Fontaine critique moins la puissance que la puissance qui refuse de reconnaître ses limites.

Ce que la chute révèle sur les apparences

Le dernier vers donne au chêne une dimension presque mythologique. Ses pieds touchent « l’Empire des morts », expression qui transforme un simple arbre déraciné en figure tragique. Sa hauteur, présentée comme un avantage, devient finalement la mesure de sa chute.

Le roseau, lui, reste debout sans triomphe spectaculaire. La fable ne le montre pas en train de se moquer de son adversaire. Cette retenue renforce sa leçon : survivre suffit parfois comme victoire. En relisant le texte, je retiens surtout cette idée simple et exigeante, la solidité véritable ne consiste pas toujours à rester droit, mais à savoir quand et comment plier.

Questions fréquentes

Cette fable est la vingt-deuxième du Livre I des Fables de Jean de La Fontaine. Elle appartient au premier recueil, publié en 1668.

Le chêne représente la puissance, la fierté et la confiance en soi, mais il confond solidité et invulnérabilité. Le roseau incarne la souplesse, la prudence et la capacité d’adaptation : il accepte de plier pour ne pas rompre.

Cette formule signifie que la souplesse peut protéger face à une épreuve. Le roseau survit à la tempête parce qu’il accompagne le mouvement du vent, tandis que la rigidité du chêne finit par provoquer sa chute.

Il faut suivre sa progression : observer la situation initiale, étudier les portraits du chêne et du roseau, repérer les oppositions entre force et souplesse, puis analyser la chute qui confirme la parole du roseau.

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Simone Rossi

Je m'appelle Simone Rossi et c'est avec plaisir que je partage mes réflexions sur la littérature, la culture et le savoir sur librairiegavaudan.fr. Fort de 8 années d'expérience dans l'exploration de ces domaines, j'ai développé une approche rigoureuse pour décortiquer les œuvres, retracer les parcours d'auteurs et analyser les mouvements culturels qui façonnent notre époque. Mon intérêt pour la manière dont les mots construisent des mondes et transmettent des idées m'a naturellement conduit à me pencher sur la critique littéraire, l'histoire des idées et le parcours des créateurs. Je m'efforce de rendre accessibles des sujets parfois complexes, en vérifiant méticuleusement mes sources et en comparant les perspectives pour offrir une compréhension claire et nuancée. Mon objectif est de proposer des contenus fiables, pertinents et à jour qui enrichissent votre parcours de lecteur et votre curiosité intellectuelle.

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