Le Bal des Ardents, l’incendie qui faillit tuer Charles VI

Scène du bal des ardents : des hommes en costumes enflammés dansent devant une cour royale. Un chien aboie.

Écrit par

Renée Royer

Publié le

10 oct. 2026

Table des matières

Une soirée destinée à divertir la cour de France se transforma, en quelques secondes, en scène d’horreur. Le Bal des Ardents, organisé à Paris en 1393, permet de comprendre à la fois les fastes du Moyen Âge, la fragilité du pouvoir de Charles VI et la manière dont les chroniqueurs ont fabriqué la mémoire d’un drame.

Les repères essentiels pour comprendre cet épisode tragique

  • Date : la date généralement retenue est le 28 janvier 1393, même si certaines chroniques mentionnent le 29 janvier.
  • Lieu : la fête se déroule à l’hôtel Saint-Pol, résidence royale parisienne.
  • Costumes : le roi et plusieurs seigneurs sont déguisés en hommes sauvages avec du lin, de l’étoupe et de la poix.
  • Accident : une torche embrase les costumes, extrêmement inflammables.
  • Issue : Charles VI échappe aux flammes grâce à la duchesse de Berry, tandis que plusieurs danseurs meurent.

Une fête royale organisée dans un climat déjà inquiétant

La soirée accompagne le mariage de Catherine l’Allemande, une demoiselle d’honneur de la reine Isabeau de Bavière. Il ne s’agit pas d’un simple bal mondain, mais d’un charivari, une réjouissance bruyante et théâtrale organisée autour d’un mariage, surtout lorsqu’il s’agit d’un remariage.

La cour cherche aussi à distraire Charles VI. Quelques mois plus tôt, en août 1392, le roi a subi une crise de folie dans la forêt du Mans, au cours de laquelle il a attaqué ses propres hommes. Le pouvoir royal reste donc fragilisé, et les fêtes servent autant à célébrer qu’à maintenir une apparence de normalité.

Le choix des hommes sauvages correspond au goût médiéval pour les figures étranges, mi-humaines, mi-fantastiques. Ces personnages appartiennent à l’imaginaire des fêtes de cour et des spectacles d’inversion, où les puissants peuvent momentanément quitter leur identité officielle. C’est précisément ce jeu avec les apparences qui rend l’accident si dramatique.

Des costumes de lin qui se transforment en piège

Charles VI et cinq compagnons revêtent des chemises de toile couvertes de poix, une substance résineuse utilisée pour fixer des fibres de lin ou de l’étoupe. Le résultat donne l’apparence d’un corps entièrement recouvert de poils. Le costume est spectaculaire, mais il est aussi comparable à une torche préparée à l’avance.

Les danseurs sont attachés les uns aux autres, à l’exception du roi. Cette contrainte rend leurs mouvements plus impressionnants pour le public, mais elle limite fortement toute possibilité de fuite. Froissart raconte que les porteurs de flambeaux avaient reçu l’ordre de rester contre les murs. Le danger vient du fait que le duc d’Orléans arrive après cette consigne et ne connaît pas le dispositif.

Pour mieux identifier les danseurs, Louis d’Orléans approche une torche. La chaleur atteint le lin, puis la poix, et le feu se propage presque instantanément. Le matériau ne brûle pas lentement : il embrase les silhouettes couvertes d’étoupe, provoquant la panique parmi les invités.

Le roi se trouve alors près de la duchesse de Berry, sa tante. Celle-ci le reconnaît ou comprend le danger et le protège sous sa robe, étouffant les flammes. Ce geste lui sauve la vie. La reine Isabeau, elle, s’effondre sous le choc, tandis que les autres danseurs ne peuvent être secourus à temps.

Le nombre exact de victimes varie selon les récits. La tradition la plus courante retient quatre morts et un survivant, tandis que certaines notices patrimoniales parlent de cinq danseurs morts. Le point certain reste le même : plusieurs membres de la noblesse périssent dans l’incendie et le roi échappe de très peu à la mort. Larousse résume l’épisode en évoquant cinq jeunes danseurs brûlés par les torches. [Larousse](https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/bal_des_Ardents/178345)

Pourquoi l’incendie a marqué le règne de Charles VI

Il serait trop simple d’affirmer que cette soirée a provoqué la folie du roi. Charles VI avait déjà connu une crise majeure en 1392, et son état alterne ensuite périodes de lucidité et épisodes de démence. En revanche, le drame renforce l’image d’un souverain vulnérable, incapable de maîtriser sa cour et exposé jusque dans ses divertissements.

La conséquence la plus importante concerne la crédibilité du pouvoir royal. Un roi qui manque de brûler vif au milieu d’une fête organisée pour le distraire devient le symbole d’une monarchie fragilisée. Les princes de son entourage prennent progressivement une place plus grande dans le gouvernement, ce qui nourrit les rivalités entre les ducs de Bourgogne, de Berry et d’Orléans.

Le duc d’Orléans n’est pas nécessairement présenté de la même manière par tous les chroniqueurs. Froissart insiste sur l’imprudence et l’ignorance, tandis que des récits postérieurs donnent davantage de poids aux soupçons de complot ou de sorcellerie. Je me méfie ici des versions trop romanesques. Rien ne permet d’établir avec certitude une tentative d’assassinat préméditée, même si l’incident a durablement abîmé la réputation de Louis d’Orléans.

Le drame ne suffit pas, à lui seul, à expliquer la guerre civile qui opposera plus tard Armagnacs et Bourguignons. Il révèle cependant une crise déjà profonde. La maladie du roi, les conflits entre princes et les difficultés de la guerre de Cent Ans forment un ensemble dont l’incendie devient l’image la plus saisissante.

Les chroniques et les images ne racontent pas toutes la même histoire

Le récit le plus célèbre vient de Jean Froissart, chroniqueur proche de l’événement. Son texte décrit les costumes, l’arrivée du duc d’Orléans, la propagation des flammes et le geste de la duchesse de Berry avec une précision presque cinématographique. La Bibliothèque nationale de France conserve notamment une version enluminée de cet épisode dans le manuscrit Français 2646. [Bibliothèque nationale de France](https://essentiels.bnf.fr/fr/arts/arts-graphiques/cf6e6aae-b025-48c1-9d7d-3f9f0661f38a-peinture-et-enluminure-15-e-siecle-1/livre-feuilleter/03e271f1-c313-4130-bb2f-f65edb3fde9d-jean-froissart-chroniques)

L’image médiévale ne cherche pas seulement à reproduire un fait divers. Elle met en scène la désorientation de la cour. Les danseurs en flammes occupent le centre, la reine paraît impuissante, les musiciens observent la catastrophe et la duchesse protège le roi. La composition transforme donc un accident en allégorie de la fragilité monarchique.

Les différences entre les récits sont importantes. La date varie parfois d’un jour, le bilan humain n’est pas toujours identique et la responsabilité de Louis d’Orléans est présentée avec des degrés d’accusation très différents. Pour lire ces sources correctement, il faut distinguer le fait central, bien attesté, des interprétations politiques ajoutées au fil du temps.

Un événement devenu un objet de patrimoine

Le lieu même de la fête a disparu, mais l’épisode demeure visible grâce aux manuscrits enluminés, aux éditions des chroniques et aux études consacrées à la cour de Charles VI. La miniature du manuscrit de Froissart est particulièrement précieuse, car elle montre comment le Moyen Âge représentait la lumière, la peur collective et le désordre dans un espace fermé.

Cette scène intéresse autant l’histoire politique que l’histoire culturelle. Elle renseigne sur les divertissements aristocratiques, les matières utilisées pour fabriquer les déguisements et le rôle des spectacles dans la représentation du pouvoir. Elle rappelle aussi que les manuscrits historiques sont rarement neutres : ils sélectionnent les détails qui doivent frapper la mémoire.

Le surnom donné à l’événement s’est imposé en raison du feu, mais l’expression renvoie également à la transformation brutale d’une fête en catastrophe. Avant l’incendie, les danseurs jouent avec l’anonymat et la métamorphose. Après lui, le masque ne protège plus personne. À mes yeux, c’est cette rupture qui explique la longévité du récit, davantage encore que son caractère spectaculaire.

Ce que cet incendie révèle encore de la cour de Charles VI

Le drame de 1393 n’est ni une simple anecdote macabre ni la cause unique du déclin politique de Charles VI. Il condense les tensions d’une époque où le roi malade doit rester une figure de stabilité alors que son entourage se dispute la direction du royaume.

Pour comprendre cet épisode, je retiens trois éléments. La fête était réelle, le risque venait des matériaux et la portée politique s’est construite après l’accident. C’est cette combinaison entre événement, récit et mémoire qui a fait du bal parisien l’une des scènes les plus célèbres de l’histoire médiévale française.

Questions fréquentes

La fête accompagnait le mariage de Catherine l’Allemande, demoiselle d’honneur d’Isabeau de Bavière. Ce charivari devait aussi distraire Charles VI, quelques mois après sa crise de folie survenue dans la forêt du Mans en 1392.

Les danseurs portaient des chemises de toile couvertes de poix, de lin et d’étoupe, des matières très inflammables. Une torche approchée par Louis d’Orléans a enflammé la poix, puis le feu s’est propagé presque instantanément aux silhouettes attachées les unes aux autres.

Le roi n’était pas attaché comme les autres danseurs. La duchesse de Berry l’a reconnu ou a compris le danger, puis l’a protégé sous sa robe pour étouffer les flammes. La tradition retient généralement quatre morts et un survivant, même si certaines sources comptent cinq danseurs morts.

Froissart présente surtout son geste comme une imprudence, car il approcha une torche sans connaître les consignes de sécurité. Des récits postérieurs évoquent davantage un complot ou la sorcellerie, mais rien ne permet d’établir avec certitude une tentative d’assassinat préméditée.

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Renée Royer

Renée Royer

Je m'appelle Renée Royer et je suis ravie de partager ma passion pour la littérature, la culture et le savoir sur librairiegavaudan.fr. Fort de 14 années d'expérience dans l'exploration et l'analyse de ces domaines, j'ai développé un regard attentif sur la manière dont les mots façonnent notre compréhension du monde. Mon parcours m'a amenée à m'intéresser particulièrement à l'histoire des idées, aux mouvements littéraires qui ont marqué leur époque et aux parcours singuliers des auteurs qui ont su nous émouvoir ou nous faire réfléchir. J'aime décortiquer les textes, croiser les sources et présenter des critiques éclairées, le tout dans un souci constant de clarté et d'exactitude. Mon objectif est de rendre ces sujets riches et parfois complexes accessibles à tous, en proposant des contenus fiables et à jour qui invitent à la découverte et à la réflexion.

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