Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne - Olympe de Gouges

Portrait d'Olympe de Gouges, auteur de la Déclaration de la femme et de la citoyenne. Le texte "Femme, réveille-toi !" est affiché.

Écrit par

Brigitte Bonneau

Publié le

24 juin 2026

Table des matières

La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, publiée par Olympe de Gouges en septembre 1791, répond à une contradiction centrale de la Révolution française : proclamer l’égalité tout en écartant les femmes de la citoyenneté politique. Je présente ici son contexte, sa structure en 17 articles, ses revendications concrètes et les raisons pour lesquelles ce texte reste essentiel pour comprendre l’histoire des droits des femmes.

Un texte révolutionnaire qui réclame une citoyenneté réellement universelle

  • 1791 marque la publication de la Déclaration d’Olympe de Gouges.
  • Le texte reprend la forme de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 pour en révéler les exclusions.
  • Olympe de Gouges revendique le droit de vote, l’accès aux emplois publics et l’égalité devant la loi.
  • Les femmes doivent participer à la formation des lois puisqu’elles obéissent aux lois et contribuent aux charges publiques.
  • La Déclaration n’est pas adoptée, mais elle devient un texte fondateur du féminisme français.

Pourquoi Olympe de Gouges écrit-elle cette déclaration en 1791

La Révolution française proclame en 1789 les droits naturels, la liberté et l’égalité. Pourtant, dans la pratique, le mot « homme » désigne surtout le citoyen masculin. Les femmes participent aux événements révolutionnaires, écrivent, manifestent et travaillent, mais elles ne disposent pas des mêmes droits politiques. Cette contradiction est le point de départ du texte d’Olympe de Gouges.

Née Marie Gouze à Montauban en 1748, l’autrice devient écrivaine, dramaturge et pamphlétaire sous le nom d’Olympe de Gouges. Elle intervient sur plusieurs sujets de son époque, notamment l’abolition de l’esclavage, le droit au divorce, la pauvreté et la place des femmes dans la vie publique. Son engagement ne se limite donc pas à une revendication théorique : elle veut transformer les lois et les institutions.

Son texte reprend presque méthodiquement la Déclaration de 1789. Ce choix est particulièrement habile. Olympe de Gouges ne demande pas un privilège accordé aux femmes : elle montre que les principes révolutionnaires doivent être appliqués à la moitié de la nation. La forme juridique donne à sa protestation une force politique et rend visible l’exclusion.

Une réponse directe à la Déclaration de 1789

La Déclaration de 1791 s’ouvre par un préambule, se poursuit avec 17 articles et se termine par un postambule. Dans son adresse initiale, Olympe de Gouges interpelle directement les hommes et demande qui leur a donné le droit d’opprimer les femmes. Le ton est volontairement offensif : elle ne sollicite pas poliment une place, elle conteste une domination.

Déclaration de 1789 Réécriture de 1791 Enjeu
Elle proclame les droits de l’homme et du citoyen. Elle affirme les droits de la femme et de la citoyenne. Rendre les femmes visibles comme sujets de droit.
La souveraineté appartient à la nation. La nation réunit les femmes et les hommes. Inclure les femmes dans le peuple souverain.
La loi doit exprimer la volonté générale. Les citoyennes doivent participer à sa formation. Revendiquer le vote et la représentation.
Les citoyens peuvent accéder aux emplois publics. Les femmes doivent y être admises selon leurs capacités. Combattre l’exclusion professionnelle et politique.

La différence entre les deux textes n’est donc pas seulement lexicale. En remplaçant systématiquement l’universel masculin par un sujet explicitement féminin et masculin, Olympe de Gouges pose une question qui reste très moderne : une loi peut-elle être universelle si une partie de la population ne participe pas à son élaboration ?

Les droits que le texte réclame pour les femmes

L’égalité devant la loi et la citoyenneté

L’article premier affirme que la femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Cette phrase reprend le langage révolutionnaire, mais elle en déplace profondément le centre de gravité. La femme n’est plus seulement une épouse, une mère ou une fille : elle devient une personne politique autonome.

L’article 6 demande que les citoyennes participent directement ou par leurs représentantes à la formation de la loi. Il réclame aussi leur accès aux dignités, aux emplois et aux fonctions publiques selon leurs talents. Pour moi, c’est l’un des passages les plus importants, car Olympe de Gouges relie clairement égalité juridique et égalité professionnelle.

Le droit de parler, de publier et de rendre visible la maternité

L’article 10 contient la formule la plus célèbre du texte : « La femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune. » L’idée est simple et redoutable. Si les femmes peuvent être punies par la loi, elles doivent aussi pouvoir débattre, protester et participer aux décisions collectives.

L’article 11 défend la libre communication des pensées et des opinions. Olympe de Gouges va plus loin en évoquant le droit pour une mère de déclarer publiquement la paternité de son enfant. Elle dénonce ainsi les préjugés qui font peser la honte sur les femmes tout en protégeant souvent l’anonymat des hommes. La liberté d’expression devient un outil de justice familiale.

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Le partage des charges, des impôts et des propriétés

La Déclaration ne parle pas uniquement de vote. Elle affirme que les femmes contribuent aux dépenses publiques et accomplissent leur part des tâches pénibles. Elles doivent donc recevoir une part équivalente des emplois, des responsabilités et des revenus. Ce raisonnement, fondé sur le principe « contribution égale, droits égaux », reste très concret.

L’article 17 reconnaît enfin le droit de propriété aux deux sexes. Le patrimoine ne doit pas dépendre du sexe de la personne qui le possède. Cette revendication montre que le projet d’Olympe de Gouges touche à la fois la citoyenneté, le travail, la famille et l’indépendance économique.

Un texte politique, mais aussi une stratégie d’écriture

La force de la Déclaration tient autant à sa structure qu’à ses idées. Olympe de Gouges utilise les codes d’un texte solennel pour les retourner contre ceux qui les ont rédigés. Elle reprend les mots de la Révolution, puis les complète et les met à l’épreuve. La réécriture devient une forme de contestation.

Le préambule interpelle, les articles formulent des principes et le postambule appelle les femmes à prendre conscience de leur situation. L’autrice ne se contente pas d’expliquer une injustice : elle cherche à provoquer une réaction. Son écriture alterne la formulation juridique, l’ironie, l’invective et l’appel collectif.

Cette dimension polémique explique aussi pourquoi le texte a longtemps été lu comme une simple curiosité historique. À mes yeux, ce serait une erreur. La Déclaration est un véritable discours d’intervention, conçu pour entrer dans le débat public et forcer les révolutionnaires à reconnaître leur incohérence.

Pourquoi la Déclaration n’a-t-elle pas été appliquée

Le texte n’est pas adopté par l’Assemblée nationale et les femmes restent exclues de la citoyenneté politique pendant la Révolution. Elles peuvent être mobilisées comme mères, travailleuses ou patriotes, mais leur participation ne débouche pas sur un droit durable de vote ou d’éligibilité. L’égalité proclamée demeure donc largement une promesse sans traduction institutionnelle.

Il faut aussi éviter une lecture trop simplifiée. Olympe de Gouges ne parle pas depuis une position extérieure à la Révolution. Elle croit aux principes de liberté et de souveraineté nationale, tout en critiquant leurs effets lorsqu’ils sont réservés aux hommes. Sa démarche est réformatrice, mais elle devient de plus en plus dangereuse à mesure que le climat politique se radicalise.

À partir de 1792, elle dénonce les violences révolutionnaires et défend une solution politique modérée. Arrêtée en 1793, elle est condamnée et guillotinée la même année. Sa mort ne prouve pas à elle seule que la Déclaration a causé sa condamnation, mais elle rappelle le coût personnel de la prise de parole publique dans une période où la dissidence pouvait être criminalisée.

Comment lire ce texte aujourd’hui sans l’anachronisme

Je conseille de ne pas chercher dans cette œuvre un programme féministe identique à ceux du XXIe siècle. Le vocabulaire de la nature, de la maternité et de la vertu appartient à son époque. Pourtant, le geste politique reste limpide : les femmes doivent être reconnues comme des sujets capables de raison, de décision et d’action collective.

Pour une lecture scolaire ou personnelle, trois axes suffisent à organiser l’analyse. Il faut d’abord comparer la Déclaration de 1791 avec celle de 1789, puis observer les droits précis revendiqués, enfin étudier le ton de l’autrice et son usage de l’interpellation. Cette méthode évite de réduire le texte à une citation célèbre ou à une biographie héroïque.

  • Le contexte explique pourquoi l’égalité révolutionnaire paraît incomplète.
  • La structure montre comment Olympe de Gouges transforme un modèle juridique en arme critique.
  • Les articles révèlent l’étendue de ses demandes, du vote à la propriété.
  • Le style fait entendre une voix qui refuse la neutralité et réclame une réponse.

La meilleure lecture consiste finalement à tenir ensemble l’admiration et la précision historique. Olympe de Gouges est bien une pionnière, mais elle est aussi une autrice de la Révolution, avec ses références, ses limites et ses combats propres. C’est cette inscription dans son temps qui rend son texte si vivant.

Ce que la citoyenne d’Olympe de Gouges nous oblige encore à regarder

La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne n’a pas changé immédiatement la loi, mais elle a formulé avec une netteté rare le lien entre obéissance, contribution et représentation. Une personne qui travaille, paie, souffre les conséquences des décisions publiques et répond devant la justice doit pouvoir participer à la vie politique.

Son héritage tient moins à une victoire immédiate qu’à une question toujours active. Lorsque l’égalité est proclamée, il faut encore vérifier qui peut réellement parler, voter, posséder, travailler et exercer l’autorité. C’est pourquoi ce texte de 1791 reste un repère majeur de l’histoire française et une lecture indispensable pour comprendre la longue construction de la citoyenneté des femmes.

Questions fréquentes

Elle répond à la contradiction de la Révolution française, qui proclame l’égalité en 1789 tout en excluant les femmes de la citoyenneté politique. Son texte demande que les principes de liberté et d’égalité s’appliquent réellement à la moitié de la nation.

Les 17 articles réclament notamment l’égalité devant la loi, le droit de vote, la participation à la formation des lois, l’accès aux emplois publics, la liberté d’expression et le droit de propriété. Le texte relie ainsi citoyenneté, travail, famille et indépendance économique.

Olympe de Gouges reprend sa structure solennelle, avec un préambule, 17 articles et un postambule, mais remplace l’universel masculin par une formulation incluant explicitement les femmes. Cette réécriture rend visibles les exclusions de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Le texte n’a pas été adopté par l’Assemblée nationale. Les femmes sont restées exclues du vote et de l’éligibilité, malgré leur participation aux événements révolutionnaires et leur contribution aux charges publiques.

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Brigitte Bonneau

Brigitte Bonneau

Je m'appelle Brigitte Bonneau et je mets à profit mes 12 années d'expérience au service de librairiegavaudan.fr pour explorer le monde foisonnant de la littérature, de la culture et du savoir. Mon parcours m'a amenée à aiguiser mon regard sur les œuvres, à décortiquer les mouvements littéraires et à comprendre les parcours des auteurs qui façonnent notre paysage intellectuel. J'aime particulièrement me plonger dans la genèse des idées, comparer les influences et rendre accessibles des sujets parfois complexes, afin que chaque lecteur puisse trouver un éclairage pertinent et une information fiable. Mon objectif est de partager des critiques éclairées, des perspectives historiques et des portraits d'auteurs qui enrichissent notre compréhension du monde, en veillant toujours à la précision et à l'actualité des contenus que je propose.

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