Comment Champollion a-t-il déchiffré les hiéroglyphes ?

Gravure sur pierre de hiéroglyphes, rappelant comment Champollion a déchiffré les hiéroglyphes grâce à la pierre de Rosette.

Écrit par

Simone Rossi

Publié le

21 août 2026

Table des matières

Devant la pierre de Rosette, le mystère ne résidait pas seulement dans des signes inconnus, mais dans la nature même de l’écriture égyptienne. Pour comprendre comment Champollion a déchiffré les hiéroglyphes, il faut suivre une enquête fondée sur le grec, le copte, les cartouches royaux et la comparaison de nombreux textes. Je vous explique ici les étapes décisives de sa méthode, ses limites et la raison pour laquelle 1822 marque la naissance de l’égyptologie moderne.

Les éléments qui ont permis de lire enfin les hiéroglyphes

  • La pierre de Rosette réunissait un même décret en grec, en démotique et en hiéroglyphes.
  • Le copte a fourni à Champollion un lien essentiel avec la langue égyptienne ancienne.
  • Les cartouches ont permis d’identifier les noms de Ptolémée et de Cléopâtre.
  • Les hiéroglyphes pouvaient noter des sons, des idées et des indications de sens.
  • La Lettre à M. Dacier, publiée en 1822, a exposé le principe général du système.

La Pierre de Rosette, clé pour comprendre comment Champollion a déchiffré les hiéroglyphes. Inscriptions anciennes sur pierre sombre.

La pierre de Rosette a fourni le point de départ

La pierre de Rosette a été découverte en 1799, pendant la campagne d’Égypte menée par Bonaparte. Il s’agit d’un fragment de stèle portant un décret de 196 avant notre ère, rédigé en trois écritures. Le grec était lisible, tandis que le démotique et les hiéroglyphes appartenaient à deux formes de l’écriture égyptienne.

Cette répétition du même texte offrait une possibilité exceptionnelle. Les chercheurs pouvaient partir du passage grec, en comprendre le contenu, puis rechercher des correspondances dans les deux versions égyptiennes. La pierre ne donnait toutefois pas une traduction mot à mot immédiatement exploitable. Le texte hiéroglyphique était incomplet et les trois versions ne se superposaient pas toujours de manière mécanique.

Champollion n’a d’ailleurs jamais eu besoin d’observer l’original, conservé au British Museum. Il a travaillé à partir de copies, d’estampages et de reproductions diffusés en Europe. Ce détail corrige une image souvent répétée d’un savant penché directement sur la pierre pendant sa découverte.

Champollion s’est appuyé sur une connaissance rare des langues

La pierre de Rosette ne suffisait pas à elle seule. Champollion possédait une compétence qui a fait une différence considérable, sa maîtrise du copte, langue issue de l’égyptien ancien et encore utilisée dans la liturgie chrétienne d’Égypte. Il y voyait non pas une langue étrangère, mais le dernier état connu de la langue des anciens Égyptiens.

Cette intuition lui a donné des repères pour reconstruire les mots et les sons. Il pouvait comparer les formes coptes avec les signes rencontrés dans les inscriptions et tester ses hypothèses sur d’autres monuments. À mes yeux, c’est l’un des aspects les plus importants de sa méthode, car il ne s’est pas contenté d’associer une image à une idée. Il a cherché à retrouver une langue avec sa grammaire, ses sons et son vocabulaire.

Il connaissait également le grec, le latin, l’hébreu, l’arabe et plusieurs autres langues anciennes. Cette formation de linguiste lui a permis de repérer les répétitions, les variantes et les structures grammaticales. Elle explique aussi pourquoi son travail a dépassé le simple déchiffrage d’une inscription célèbre.

Les cartouches ont révélé les noms des souverains

Les cartouches sont des anneaux ovales qui entourent certains groupes de signes dans les inscriptions royales. Champollion a compris qu’ils contenaient probablement des noms de pharaons ou de souverains. Cette hypothèse était particulièrement utile, car les noms étrangers comme Ptolémée ou Cléopâtre pouvaient être transcrits selon leur prononciation.

Thomas Young avait déjà avancé dans l’étude de la pierre de Rosette et identifié plusieurs signes liés au nom de Ptolémée. Champollion a repris ces observations, puis les a comparées avec d’autres cartouches, notamment celui de Cléopâtre. Le fait que certains signes se retrouvent dans les deux noms lui a permis d’établir des correspondances phonétiques.

Indice étudié Ce qu’il permettait de comprendre
Cartouche de Ptolémée La valeur phonétique de plusieurs signes
Cartouche de Cléopâtre La confirmation de signes communs et de nouvelles correspondances
Autres inscriptions royales La vérification des sons dans des contextes différents

Cette étape est décisive, mais elle ne constitue pas encore une traduction complète. Lire le nom d’un roi ne signifie pas comprendre toute une phrase. La véritable avancée est venue lorsque Champollion a constaté que le même système pouvait fonctionner dans des textes bien plus anciens, avec des noms égyptiens et des mots courants.

Il a compris que les hiéroglyphes combinaient plusieurs fonctions

Avant Champollion, beaucoup d’érudits pensaient que chaque hiéroglyphe représentait uniquement une idée ou un symbole religieux. Son apport majeur a été de montrer que l’écriture égyptienne était un système mixte. Un signe pouvait représenter un son, une notion ou servir à préciser le sens d’un mot.

Les signes phonétiques notent des sons, souvent des consonnes. Certains fonctionnent comme des lettres, d’autres comme des groupes de deux ou trois consonnes. Les signes idéographiques représentent directement une idée ou un objet, tandis que les déterminatifs, placés à la fin de certains mots, indiquent leur catégorie de sens sans être prononcés.

Type de signe Fonction Exemple de rôle
Phonogramme Noter un ou plusieurs sons Écrire un nom ou un mot par sa prononciation
Idéogramme Représenter une idée ou un objet Évoquer directement une notion
Déterminatif Préciser le sens d’un mot Distinguer une personne, un lieu ou une action

Le nombre de signes présents sur la pierre de Rosette a aussi joué un rôle. Champollion a observé qu’il y avait beaucoup plus de hiéroglyphes que de mots dans la version grecque. Cela rendait improbable l’idée d’un signe correspondant toujours à une seule idée. La combinaison de valeurs phonétiques et sémantiques expliquait mieux la richesse du système.

La démonstration s’est construite avec d’autres textes

Le déchiffrement ne s’est pas arrêté à la pierre de Rosette. Champollion a étudié des inscriptions provenant de temples, des papyrus, des obélisques et des documents rédigés en hiératique, une forme cursive des hiéroglyphes. Il a aussi comparé le démotique, écriture plus rapide utilisée dans l’administration et la vie quotidienne.

Cette comparaison entre plusieurs écritures a permis de dresser des tables de correspondance. Un même mot pouvait apparaître sous une forme monumentale, une forme cursive ou une graphie démotique. Champollion ne cherchait donc pas seulement à lire des images gravées dans la pierre, mais à comprendre les transformations d’un système graphique selon le support et l’époque.

En 1822, il présente ses conclusions dans la célèbre Lettre à M. Dacier, où il expose l’existence de signes phonétiques employés notamment pour les noms étrangers et les noms royaux. Il poursuit ensuite son travail en développant une grammaire et un vocabulaire de l’égyptien ancien. La publication de 1822 est un moment fondateur, mais le résultat repose sur des années de vérifications.

Le voyage en Égypte effectué entre 1828 et 1829 lui permet enfin de confronter ses lectures aux monuments eux-mêmes. Les inscriptions d’Abou Simbel, de Philae et de nombreux temples offrent un terrain de contrôle grandeur nature. Une hypothèse qui fonctionne sur la pierre de Rosette doit alors fonctionner sur des textes de périodes et de styles différents.

Ce que Champollion a réellement déchiffré

Dire qu’il a « cassé le code » des hiéroglyphes donne une image trop simple. Il n’existait pas un alphabet secret à retrouver, mais une écriture qui associait sons, mots, signes de sens et conventions grammaticales. La difficulté consistait justement à comprendre quand un signe devait être lu, interprété ou seulement utilisé pour orienter le lecteur.

Il faut aussi distinguer la lecture de la langue. Les chercheurs avant Champollion avaient parfois identifié des signes isolés ou des noms propres, mais ils ne pouvaient pas encore lire avec cohérence les textes égyptiens. Champollion a relié les indices pour reconstruire le fonctionnement général de l’écriture et de la langue.

Son travail comporte naturellement des erreurs et des interprétations qui ont été corrigées par les égyptologues suivants. Pourtant, son principe central reste fondamental. Les hiéroglyphes ne sont ni une simple collection d’images ni un alphabet classique, mais une écriture complexe dont le sens dépend de la combinaison des signes.

Pourquoi cette découverte change encore notre regard sur l’Égypte

Avant 1822, les temples et les tombeaux égyptiens étaient visibles, mais leurs inscriptions restaient largement silencieuses. Le déchiffrement a rendu accessibles des prières, des récits royaux, des textes funéraires, des listes de dieux et des documents administratifs. Il a transformé des monuments admirés pour leur beauté en archives historiques lisibles.

La méthode de Champollion demeure intéressante au-delà de l’égyptologie. Elle montre qu’un déchiffrement solide repose rarement sur un indice unique. Il faut croiser les langues, identifier les répétitions, formuler des hypothèses, les tester sur des exemples nouveaux et accepter de corriger ce qui ne fonctionne pas.

La pierre de Rosette a fourni le levier, mais c’est l’alliance entre la philologie, l’observation et la comparaison qui a permis d’ouvrir la porte. C’est cette démarche patiente, plus que l’image du génie frappé par une illumination soudaine, qui explique la réussite de Champollion.

Questions fréquentes

Découverte en 1799, elle porte un décret de 196 avant notre ère en grec, en démotique et en hiéroglyphes. Le grec lisible a fourni un point de comparaison, même si le texte hiéroglyphique était incomplet et ne permettait pas une traduction mot à mot.

Champollion considérait le copte comme le dernier état connu de la langue égyptienne ancienne. En comparant ses mots et ses sons avec les inscriptions, il a pu reconstruire le vocabulaire, la grammaire et la prononciation des anciens Égyptiens.

Les cartouches, des anneaux ovales entourant certains groupes de signes, contenaient probablement des noms royaux. La comparaison des noms de Ptolémée et de Cléopâtre a permis d’identifier des signes communs et d’établir leurs valeurs phonétiques.

Champollion a montré qu’un même système pouvait combiner des signes phonétiques, des idéogrammes et des déterminatifs. Les premiers notaient des sons, les deuxièmes représentaient des idées ou des objets et les derniers précisaient le sens des mots sans être prononcés.

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hiéroglyphes pierre de rosette copte cartouches démotique

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Simone Rossi

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Je m'appelle Simone Rossi et c'est avec plaisir que je partage mes réflexions sur la littérature, la culture et le savoir sur librairiegavaudan.fr. Fort de 8 années d'expérience dans l'exploration de ces domaines, j'ai développé une approche rigoureuse pour décortiquer les œuvres, retracer les parcours d'auteurs et analyser les mouvements culturels qui façonnent notre époque. Mon intérêt pour la manière dont les mots construisent des mondes et transmettent des idées m'a naturellement conduit à me pencher sur la critique littéraire, l'histoire des idées et le parcours des créateurs. Je m'efforce de rendre accessibles des sujets parfois complexes, en vérifiant méticuleusement mes sources et en comparant les perspectives pour offrir une compréhension claire et nuancée. Mon objectif est de proposer des contenus fiables, pertinents et à jour qui enrichissent votre parcours de lecteur et votre curiosité intellectuelle.

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